Un tour de clé de trop
Hier après-midi, je suis allée sur un des satellites dont je m'occupe pour mon travail.
(voir ici, les premiers paragraphes, pour ceux qui se grattent la tête d'un air perplexe)
J'avais une réunion avec le chef local, que je nommerai Yvan.
Quand je dis réunion, ici, c'est pas réunion en cravate avec des tas de petits personnages qui se croient importants, hein.
C'était juste un moment bloqué dans les calendriers pour que l'on discute d'un dossier.
Yvan, il est super gentil.
J'ai pas dit sympa. J'ai dit gentil. Je suppose que vous comprenez la nuance entre les deux.
Notez bien, il est sympa quand même.
Mais par-dessus tout, il est trop gentil.
Comme toute personne trop gentille, il a tendance à trop dire oui, à vouloir trop faire pour plaire, et donc il finit débordé.
Normalement, il a un adjoint.
Mais depuis plus d'un an, l'adjoint s'est barré de l'autre côté du monde du pays pour cause de pressions du service pas tolérables.
Et personne, depuis plus d'un an, ne s'est porté volontaire pour ce poste.
C'est dire la renommée de l'ambiance du service et l'envie que suscite le job…
Donc Yvan est tout seul pour faire le boulot de 2.
Déjà.
Et en plus, il dit oui à tout.
Résultat, il est vraiment débordé.
Et, cause ou conséquence de ce qui précède, je ne sais pas, mais il se noie dans un verre d'eau.
Même quand on lui pose une question qui n'appelle comme réponse qu'un "oui" ou un "non" immédiat, sans argumentation, il souffle d'un air désespéré et on a l'impression que tout devient insurmontable.
Bref.
Là n'est pas le but de cet article.
Hier, j'avais donc une réunion sans cravate avec Yvan, pour parler d'un dossier.
Pour entrer dans son bureau, il faut passer par le bureau de sa secrétaire.
Y a aussi une porte directe, mais elle est toujours fermée.
Je suppose que c'est comme ça chez la plupart des chefs, il faut toujours passer par le secrétariat pour entrer, mais y a quand même la porte directe qui permet de sortir sans repasser par la case départ ni toucher 20 000F papotage, café et statistiques.
Comme il y avait du monde sur la route, je suis arrivée un peu en retard, mais il était encore en train de manger, avec mon chef d'ailleurs, avec qui il avait eu une réunion dans la matinée, réunion qui s'était donc un peu prolongée.
Une fois que mon chef est parti, Yvan a eu besoin de quelques instants supplémentaires pour se remettre de ses émotions, boire un café et fumer 3 clopes…
Et puis, enfin, vers 16 heures, après qu'il m'ait une nouvelle fois proposé le poste d'adjoint à lui, et que j'aie une nouvelle fois avancé mon manque d'expérience et d'ancienneté pour refuser gentiment, on a pu se mettre à bosser sur notre dossier.
A 16 heures 30, la secrétaire a passé la tête par la porte pour dire qu'elle partait.
A 16 heures 45, alors qu'on avait fini, rangé les papiers et qu'on papotait un peu, quelqu'un frappe.
Yvan dit d'entrer, et le quelqu'un essaie d'ouvrir la porte.
La porte directe.
Qui est bien évidemment fermée à clé.
Alors Yvan dit de passer par l'autre porte.
Celle du secrétariat.
Sauf que la secrétaire, en partant, elle a mis un tour de clé, cette nouille.
Donc la porte du secrétariat est elle aussi fermée.
Donc Yvan est obligé d'aller ouvrir.
Celui qui voulait voir Yvan, c'est Roger.
Roger, c'est un des mecs avec qui on travaille en collaboration.
Vous savez maintenant que je m'occupe de tout un tas de petits satellites.
En fait, je m'occupe de l'information faite au public sur ces satellites, des statistiques sur le nombre de météorites qui gravitent, et de temps en temps, y a une étude un peu plus poussée à faire…
Je m'occupe des satellites, mais ils n'appartiennent pas à mon service.
Ils appartiennent à la boîte de Roger. Entre autres, c'est sa boîte qui a responsabilité pour tout ce qui concerne les travaux sur les satellites.
Donc Roger, on travaille pas mal en coordination avec lui.
Mes chefs, ils l'aiment pas des masses, parce qu'il paraît que Roger, des fois en réunion, il se met à crier et ensuite il refuse tout en bloc.
En gros, il paraît que Roger, c'est un gros goujat, duquel on ne peut rien obtenir de constructif.
Sauf que moi, pour l'instant, dans les réunions auxquelles j'ai assisté, Roger s'est toujours assez bien comporté.
C'est vrai qu'une femme, jeune de surcoît, ça doit donner envie de bien se tenir.
Cependant, jusqu'ici, Roger n'avait jamais vraiment clairement (ça fait beaucoup d'adverbes, je sais) accusé réception de ma présence à ces réunions.
Genre, un peu, I'm the Invisibeule Woumane.
Mais bon, moi, ça me va plutôt bien…
Bref.
Donc Yvan va ouvrir la porte, c'est Roger qui entre, Yvan s'excuse de la porte fermée, et, cet âne, il ajoute
"En plus, j'étais en charmante compagnie".
Bien sûr, Roger, curieux, penche la tête et me voit assise à la table de réunion.
"Aaah, mais c'est aWa !"
Ah bon, comme ça tu connais mon prénom, Roger…
Roger s'avance, Roger me serre la main, et Roger dit :
"Je vous dérange pas ?
- Ben non, on était juste en train de bosser sur la publication future
(avec les dossiers fermés, ça faisait pas trop crédible)
- Vous êtes sûrs que je vous dérange pas ?!"
Ben non Roger, tu n'es quand même pas en train d'insinuer que j'étais en train de faire des cochonneries avec Yvan, qui a l'âge d'être mon père ?!
Vieux Sagouin, va !
(pas qu'il n'y a pas des mecs qui ont l'âge d'être mon père avec qui je ferais pas des cochonneries, mais Yvan, non alors...)
En plus, il faut savoir que Yvan est toujours tout rouge de la figure.
Ca rajoute au cocasse de la situation.
Roger discute avec Yvan de la peinture des satellites, pendant 10 minutes, pendant lesquelles moi et ma publication on attend, et puis Roger a fini, et s'en va.
A la porte, Roger demande, l'air faussement inoocent :
" Vous voulez que je vous renferme à clé ou bien …?"
Roger, tu sais quoi ?
T'es qu'un vieux vicieux…
Mais quoi qu'en pensent mes chefs, moi je t'aime bien, parce qu'au moins on s'ennuie jamais, avec toi.
Bon, maintenant j'attends qu'arrive à mes oreilles le ragot comme quoi Yvan et moi, on entretient une liaison.
Par aWa, Mardi 17 Juin 2008 à 09:39 GMT+2 dans It's my life... (article, RSS)







